20 octobre 2016

Rédaction: Élise Cossette 

Entrevue: Jannick Bouthillette 

Martine Therrien et Marie-Claude Bouchard ont développé 2eSHIFT, une plateforme Web où parents pigistes prêtent mainforte aux familles débordées. Leur mission : favoriser la conciliation travail-famille dans un contexte d’entraide. Survol du parcours de deux entrepreneures.

C’est un terme qui parle à tous les parents : ce fameux 2e shift, celui qui commence dès que votre journée de travail est terminée. Détour à la garderie chercher les enfants, arrêt à l’épicerie, opération souper et ensuite péripéties devoirs… Martine et Marie-Claude, inspirées par leur propre expérience de mère avec une carrière professionnelle, ont vite réalisé que les deux morceaux de l’équation existaient pour créer une entreprise. Il y a des parents qui manquent de temps… mais aussi des parents qui en ont. En route vers une nouvelle équation familiale !

2eSHIFT, c’est quoi ?

Il y a des parents qui manquent de temps… mais aussi des parents qui en ont. En route vers une nouvelle équation familiale !L’équation est simple : 2eSHIFT se veut une communauté unissant des familles débordées et des parents pigistes. Vous êtes de ceux et celles pour qui 2e shift rime avec mission impossible? En échange d’une rémunération, vous pouvez confier certaines tâches de votre quotidien comme les devoirs, la préparation du souper, les courses ou le ménage à un parent de votre quartier qui a du temps à offrir. Ce parent pigiste bénéficie donc d’un revenu d’appoint, tout en contribuant à la vitalité de sa communauté. Comme l’équilibre de l’horaire familial passe également par la richesse des commerces de proximité, l’entreprise valorise aussi les alliances avec les commerçants locaux.

Martine et Marie-Claude ont lancé 2eSHIFT avec l’objectif de s’attaquer à la difficulté de la conciliation travail-famille . Elles s’adaptent donc énormément aux besoins et à l’offre de service des parents. Elles se basent sur les choix et intérêts de ces derniers, tels qu’ils l’énoncent : « moi, j’adore faire la cuisine », « on m’appelle Madame Blancheville » ou « j’aime prendre soin des enfants ». Dans le même ordre d’idées, les deux entrepreneures s’occupent de passer en entrevue les parents pigistes. Puis, elles vérifient leurs références et leurs antécédents judiciaires, pour finalement recommander un jumelage avec la meilleure offre de leur secteur. Voilà du temps gagné et un souci en moins pour les familles débordées.

Les gens qui s’inscrivent le font pour toutes sortes de raisons. Au cœur de celles-ci, il y a la dimension de partage, d’entraide et de réseautage. Les deux entrepreneures sont claires : « Nous, on organise les choses pour faciliter la vie des familles d’aujourd’hui  ».

Qui dit « se lancer » dit « concessions »

Les deux mères et amies sont loin d’être des cordonnières mal chaussées. Pour s’attaquer à la conciliation travail-famille, elles ont dû carrément y plonger. D’emblée, elles confient : « La première chose qu’on puisse dire, c’est que c’est une décision familiale. Si nos conjoints n’étaient pas d’accord avec ça, il n’y aurait pas de 2eSHIFT. »

Du début de leur projet jusqu’à la phase pilote, Martine et Marie-Claude ont investi leur argent afin d’avoir un budget circonscrit. Chacune a donc dû refaire le budget familial, afin de couper le plus de dépenses possible. Les vacances outre-mer, les repas au restaurant, les loisirs : tout a été remis en question et sujet à révision. Elles ont accepté de faire plusieurs concessions, avec leur conjoint, afin de laisser place à cette nouvelle aventure qui les animait.

Ces coupures ont représenté et représentent toujours un défi, mais celui-ci s’avère être une source de motivation. En effet, les deux femmes soutiennent qu’elles sont amenées à se poser les bonnes questions : « Quand est-ce que cela va commencer à rapporter? Il ne suffit pas d’être simplement optimistes. » Cette méthode d’autofinancement les force à prendre des décisions adéquates… rapidement.

L’entreprise en est maintenant à la phase du montage financier. Les deux mères commencent donc à aller chercher des investissements et des subventions. Étant donné que 2eSHIFT est vivant et en pleine croissance, cela facilite les demandes de financement. « Le projet est rendu grand, expriment-elles. Il a dépassé notre idée à nous : ça rejoint les familles. » Elles obtiennent déjà des résultats concrets avec des familles débordées jumelées à des parents pigistes. Comme elles expliquent, si dès le départ elles avaient bénéficié d’investissements, elles auraient dépensés et peut-être pas toujours judicieusement.

De l’importance de trouver les ressources

Les deux femmes n’hésitent pas à dire que sans toute l’aide reçue, leur nouvelle équation familiale n’aurait jamais vu le jour. L’aventure 2eSHIFT peut être résumée en trois grandes étapes jusqu’à maintenant : la création, l’incubation et l’accélération de l’entreprise. Elles ont su dénicher et exploiter des ressources dans chacune de ces phases.

D’abord, le Défi Start-up 7 du journal Les Affaires a permis de lancer le projet en novembre 2015. En sept jours, les participants créaient une entreprise avec 700$. Martine et Marie-Claude ont pu y valider leur hypothèse, c’est-à-dire la présence d’une offre et d’une demande pour 2eSHIFT. Elles ont monté un site Web temporaire… et ont obtenu 1 600 préinscriptions!

Ensuite, elles ont participé à l’incubateur EntrePrism de HEC Montréal, un programme aidant les entrepreneurs dans leur démarrage d’entreprise. Elles y ont découvert un concentré de renseignements et de ressources immensément utiles, tels que les organismes à contacter et des mentors. Seraient-elles entré en marché aussi rapidement sans cet écosystème? Elles en doutent.

Aujourd’hui, les deux entrepreneures en sont au point où elles mettent à jour leur technologie. Avec 2eSHIFT en pleine croissance, elles doivent prendre du volume et éclore dans d’autres villes. Pour les soutenir, l’accélérateur Banque Nationale – HEC Montréal s’avère une vraie mine d’outils. « Ça nous permet de prendre de bonnes décisions et d’éviter certaines erreurs typiques », expliquent-elles. Elles donnent en exemple les droits de propriété intellectuelle, que ni l’une ni l’autre ne connaissait en profondeur. Il devient en effet important de protéger ses idées lorsque l’entreprise est en expansion.

En somme, le Pôle entrepreneuriat de HEC Montréal fournit à Martine et Marie-Claude une aide précieuse. Grâce au réseau qu’elles y développent, elles se sentent épaulées et ont accès à plusieurs personnes-ressources.  C’est sans compter toutes les formations et conférences qui leur sont offertes. Elles préparent des pitchs toutes les deux semaines devant différents comités, tel qu’Anges Québec, un réseau d’investisseurs pour les entreprises innovatrices. Ce contexte d’apprentissage vaut de l’or, selon elles : « Ce que nous pensions bon au début devient excellent à la fin! »

Tout compte fait, l’équation a beau être simple, il faut néanmoins s’entourer des ressources nécessaires pour arriver au produit final : un 2eSHIFT qui sait concilier travail et famille.